Restaurant "La Couronne" - Carspach - 19H30 - 20€

René-Nicolas Ehni, Noël Akchoté

LA SOIRÉE :

Le hasard fait parfois bien les choses. Au moment où la bibliothèque de Mulhouse élaborait ce mois consacré à René Nicolas Ehni, le guitariste Noël Akchoté, au détour d’un échange de courrier nous disait son désir, si l’occasion se présentait, de rencontrer l’auteur d’Eschentzwiller. Il ne restait qu’à l’organiser et l’idée d’une soirée libre autour d’un repas nous a semblé évidente. Direction le Sundgau donc pour déguster musique, littératures, histoires croustillantes et carpes frites à volonté.

RÉSERVER :

Les places étant limitées, il est indispensable de réserver et de prépayer (par chèque à l’odre de jazz à mulhouse) à FESTIVAL météo - BP 1335 - F-68056 MULHOUSE CEDEX.-Le repas consiste en un menu carpes frites et accompagnement à volonté puis d’un dessert, les boissons sont à payer en sus. -Renseignements : 03 89 45 36 67 - info@festival-météo.fr-

À NOTER :

du 31 mars au 30 avril l’exposition « Heureux qui, comme Ehni... » ainsi que les rencontres et lectures avec Ehni (le 8.04) ou entre Ehni et d’autres auteurs : Sartre & De Beauvoir (le 15.04), Nathan Katz (le 22.04) ou encore Irène Nemirovsky (le 29.04). Tout cela à 20h à la bibliothèque centrale, Grand’rue à Mulhouse. (rens. 03 89 46 52 88)

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Et Puis, Noël Akchoté, à propos de sa rencontre avec Ehni :

René Ehni ; J’habite pas loin non plus ....

"Quand le bûcheron a oint de salive commune les couilles du même nid, il enserre
dans le capuchon du janissaire, et le Dace crie sa mort. Il débanda tout à fait."

(René Ehni, Quand nous dansions sur les tables)

"– ää… ää… d’Elsasser sen Arschlächer.
– Un nur dü besch gschaït ! René ne sois pas grossier je t’en prie hein !
Je regrette tous les sacrifices qu’on a faits pour toi."

(René Ehni, Babylone vous y étiez nue parmi les bananiers)

ça commence à peu près comme ça, puis ça ne va pas s’arranger du tout par la suite et pour finir comme vous savez déjà maintenant, en quinze. Bref, la nuit, les ondes, des voix, des mots et Mathieu Amalric qui se déroule lui-même. Beau Sillon, voix tremblée, un corps aussi (chez Laure Adler, France Culture). Amalric : Ehni, Ehni, Ehni – mais je savais le nom déjà. Sauf que cette fois-ci, va savoir les declics, j’achète. Apnée, Babylone, Quand nous dansions… et dès le lendemain à peu près tout ce qui se trouve disponible sur les sites (des ondes aux lignes). Ensuite faut lire, prendre ce temps-là. Lire, Jouer, Baiser, Boire et Manger, Parler. Re baiser puis parler encore et lire tout de suite après. Tout ça : rapport(s). Au temps, au corps, à la desertion, donc au réel, qui reste la seule chose. Dieu c’est le réel ; Jésus juste un type pris en plein double-bind (premier homme sandwich ?).

"Je ne vous apprendrai pas que les récits bibliques sont tous mythiques, sauf ceux qui racontent les cochoncetés. Ceux-là sont vrais. Vrai que les prophètes d’Israël se foutaient à poil pour prophétiser. Vrai qu’il y avait un bordel de garçons, dévots du phallus, dans le temple de Jérusalem. Sous les Rois. Vrai que le père qui a niqué ses deux filles pour la posterité avait bu du Pétrus. Le mythe érotique n’est pas un mensonge. Le mythe tout court d’ailleurs non plus."
(René Ehni, Apnée)

Pendant ce temps-ci les livres venaient d’arriver, par la poste, mais tous quasiment en provenance de Mulhouse – Strasbourg (petites libraires d’anciens, autres minuscules bouclards où je trouve mon bonheur, mes trésors le plus souvent). Ça fait pas déjà cent pages que je suis plein Ehni que re-ondes la nuit. Cette fois Ehni en personne (France cul toujours, mais le mari de la dame, plus tard dans la nuit aussi), Apnée-promo. On dit "rentrée literaire" mais y’a vraiment pas de quoi : sortez y’a rien à voir. Après je ne me souviens plus très bien, tout se mélange, et c’est largement de sa faute à lui, l’auteur.
Drôle de moment où j’erre entre Ehni, Jean-Pierre Martinet, Yves Martin, Paul Veyne et d’un autre côté Baudelaire Critique.

"Le Roman du Pays est un genre qu’ils n’ont pas, je crois en France.
Drr Haimàdsroomàn. Tante Rose en lisait beaucoup. En hochditsch.
Mais vous savez bien comme est le ditsch de cette littérature : un peu de kitsch beaucoup de schmalz des bons sentiments. Le Roman du pays,
c’est de la littérature populaire. Sans l’archaïque noble de nos odiliakàlandrr
mais frisant quand même l’histoire de calendrier.
"
(René Ehni, Le Mariage de Gudrun)

Un auteur c’est forcément une présence sur-humaine (sub aussi). Un autre en plus dans la vie. Plus réel, nettement. Un ami-ennemi-frère-salaud-gourou-pote. Bref : on se comprend. L’auteur sait tout de vous, et vous pas encore grand chose mais on renifle bien ces choses-là. Ehni le style, le ton, les viandes. Le petit côté "par dessus le marché" ou "en passant". Toutes les fortes présences ont ça en commun je crois : parti sans laisser d’adresse, imposante influence qui vous remonte dès que la personne s’absente, trucs qui tournent en tête, phrases qui se machouillent – rien à foutre, tout à branler. Le luxe intégral sous sa forme initiale, incompressible.

JAWOHL !
MEIN GANZES GLUCK IST LIEBE !
JAWOHL !

(Zarah Leander)

En plus l’autre matin, marché du livre ancien, Paris XV, je tombe à l’étalage sur trois premières éditions, je regarde, je touche, le libraire arrive, je le paie. Le Libraire : – Vous connaissez René Ehni ? – Je commence à peine… – Ah c’est très très bon mais il a pas vraiment fait carriere – Ah bon ? – Oui, il paraît qu’il fait rien pour, même le contraire… un sale caractère à ce qu’on dit. Voilà, encore un signe, net, franco de port. Moi aussi il paraît qu’on dit de faire gaffe. Ça s’annonce absolument comme il se doit. Si jamais d’aucuns pensaient qu’une rencontre c’est être d’accord par avance, autant rester tous couchés (comme disait Pialat : ça c’est un film que c’était pas la peine).

"Baubo, Aphrodite et la Sainte Vierge : selon une version, qui pourrait être personnelle à Euripide, Déméter fut consolée et se mit à rire lorsqu’Aphrodite fit entendre le son chtonien des tambourins, c’est-à-dire d’un instrument associé, entre autres, au culte extatique de Kybèle qui, on l’a vu, peut être assimilé à Démeter. Ce qui compte ici ce n’est pas la capacité de ces rites
à guérir la folie – même de Dyonisos. Ce qui importe, c’est que le son qu’émet le tambourin n’est pas un son musical, au sens strict du terme ; c’est un son quelque peu sourd :
presque un ronflement bref."

(Georges Devereux, Baubo la vulve mythique)

À tout de suite… ?

Noël Akchoté, Paris, le 25.03.2009.

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