Il semblerait que tout pianiste issu plus ou moins directement du jazz soit obligé de se confronter à deux exercices : le solo et le trio. Dans un cas comme dans l’autre, l’aventure est certes passionnante mais évidemment périlleuse tant nous en avons tous en tête des exemples magistraux. De ce point de vue, le trio de Sten Sandell s’en sort on ne peut mieux. La rythmique est « classique » mais d’une efficacité redoutable et si l’on connaît désormais assez bien le génial Pale Nilssen-Love (The Thing, Scorch trio), on découvrira en Johan Berthling un contrebassiste énergique qui s’accorde parfaitement au jeu dense du batteur. À deux, ils tissent une toile de fond où Sten Sandell, soliste brillant ou commentateur discret, aménage des cassures, des lignes, des points, des blocs… On pense un peu à Monk, parfois à Cecil Taylor, mais souvent on ne pense à rien et l’on se laisse emporter par le swing bancal qui meut ce groupe d’un bout à l’autre. Un véritable concert de free-jazz, sans manières et sans esbroufe, avec toute l’implication physique indispensable pour donner à cette musique le souffle qui manque cruellement à bien d’autres.

2005
 
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